William Renaut
Groupons nos forces pour être plus balaises ensemble

S’installant à Lille en 2016 pour se rapprocher de sa compagne, William Renaut se lance en freelance comme consultant en mécénat. Trois ans plus tard, il exerce son métier – qui est aussi une passion – en bénéficiant d’un contrat de travail à durée indéterminée. Nous le rencontrons au siège de Smart, dans l’espace de coworking de la Grappe, où il se sent comme chez lui.


 

William Renaut
Lille
31 ans
Chez Smart depuis 2016




Interview

En quoi consiste ton métier de consultant en mécénat?

 

J’interviens auprès de structures d’intérêt général pour les aider à mener leurs recherches de partenaires privés. Il peut s’agir de musées, d’associations, d’universités, d’hôpitaux… Tous les organismes pouvant bénéficier du mécénat selon la loi française. Mes clients sont plutôt des associations ou des institutions culturelles.

Le mécénat, ce n’est pas de la subvention, qui émane de la puissance publique, c’est le fruit  de l’initiative privée et cela concerne toutes les personnes ou structures qui ont envie de contribuer au bien commun et d’accompagner en numéraire, en nature ou en compétence, tel ou tel projet.

 

Comment as-tu appris ce métier?

 

À la base, j’ai un diplôme en communication. À 20 ans, avec des amis, on avait fondé une petite association avec laquelle on a monté une pièce de théâtre qu’on est allé jouer en Avignon. Il y avait trois comédiens, une administratrice, et moi qui assurais la billetterie, la lumière, la com… À peu près au même moment, j’ai été accepté dans une école de communication. À mon oral d’entrée, j’ai joué sur le thème : « Votre cœur de métier c’est  l’entreprise, moi, ma passion, c’est la culture, ce qu’il y a au milieu, c’est le mécénat, et c’est pourquoi je veux rentrer chez vous. » Ensuite, j’ai fait tous mes stages et travaux de cours sur ce sujet du mécénat et ai donc orienté mon cursus à dessein.

En fait, mon activité se façonne selon trois axes : conseil, communication et formation. En conseil, j’accompagne des structures dans leur recherche de fonds. En communication, j’assure la définition de leur stratégie et sa mise en œuvre : j’écris des articles pour leur site internet, j’écris leurs rapports d’activité, j’anime leurs chaines de réseaux sociaux, j’organise leurs événements… Enfin, je mets en place des formations professionnelles (d’ailleurs je vais en faire quelques-unes avec Smart cette saison, pour les entrepreneurs sur les questions de communication et de mobilisation du réseau professionnel).

 

Comment procèdes-tu pratiquement?

 

Souvent, il faut d’abord faire tomber les idées reçues. Quand on parle d’entreprises, on pense tout de suite aux très grandes boîtes, mais la plupart des entreprises sont des petites sociétés, actives là où l’association vit, travaille, agit. Ce sont ces entreprises-là qui doivent être la cible de mécénat des associations. Pas la peine d’aller demander au siège d’une entreprise du CAC40 à Paris si vous êtes le club de ping-pong du coin…

Mon travail n’est pas d’effectuer les recherches de partenaires à la place de mes clients, mais de les aider à en trouver qui leur ressemble. Le but est de faire monter des organisations en compétences et en capacités : la structure que j’accompagne doit être autonome une fois que j’ai terminé mon travail. Mon intervention doit avoir un aspect formateur.

"Mon intervention doit avoir un aspect formateur"

Tu prépares donc le dossier avec l'association puis à elle de se débrouiller?

Je ne démarche pas à sa place, en tout cas. On co-construit tout au long de la mission la dimension stratégique, le plan de communication. Il m’arrive de monter des fichiers pour lister les entreprises locales et des gens qui semblent pertinents à contacter. Mais je m’arrête là. Quelle serait la pérennité de l’échange si je le faisais à leur place?

 

Que peut-on financer de cette manière?

 

Je prends toujours l’exemple du Louvre, un grand musée structuré depuis plusieurs dizaines d’années pour aller chercher du mécénat : cet apport ne représente qu’environ 5 % de son budget. Il faut donc avoir des attentes réalistes. Une association ne doublera pas son budget avec ce type de financement. En revanche, en allant chercher ces quelques milliers d’euros supplémentaires, elle pourra probablement compléter un budget d’investissement, lancer un nouveau projet, tester un programme qui n’a pas encore été développé.

 

Tu te paies au prorata de l’argent obtenu?

 

Je ne prends pas de pourcentage mais un fixe décidé au démarrage de la mission selon un cahier des charges déterminé. C’est une consultance traditionnelle.

 

Pour quelles raisons une entreprise accepte-t-elle de soutenir un projet?

 

Il y a des questions d’images évidentes, d’ancrage territorial, puis aussi la volonté très simple et directe de vouloir aider là où on veut, là où l’on se trouve. Il n’y a pas de secret. Quand nous-mêmes nous donnons de l’argent, nous le donnons à des causes, des associations qui nous touchent, parce qu’elles sont proches de nous d’une manière ou d’une autre. J’ai tendance à penser que l’entrepreneur fonctionne sur le même mode.

" On m’a dit : vas-y, essaie !"

Qu’est-ce qui t’a conduit à travailler avec Smart?

Il y a trois ans. J’ai quitté Paris pour m’installer à Lille, avec l’intention de monter ma propre activité, sans trop savoir quel était le bon format, et finalement j’ai poussé la porte de Smart et GrandsEnsemble, qui sont les deux coopératives jumelles ici, à la Grappe, et je me suis aussitôt senti bien. Quand on lance une activité, on doit s’occuper de tout un tas de trucs qui ne concernent pas directement ce qu’on va faire au quotidien (statuts, impôts, déclarations fiscales, sociales…). D’un coup, avec Smart, tout semblait plus léger. Ce dont je suis vraiment reconnaissant, c’est qu’on ne m’a pas trop posé de questions sur ce que j’allais faire et qu’on m’a dit : « vas-y, essaie ».

 

C’est ton QG ici, à la Grappe?

 

Oui, je bosse la plupart du temps ici, quand je ne vais pas chez un client.

 

Ton boulot t’a aidé à t’insérer dans le tissu social lillois?

 

Surtout ça m’a redonné beaucoup de confiance sur ma capacité à être à la fois pleinement impliqué dans mon projet pro et à savoir lâcher prise une fois la journée terminée, après mon expérience professionnelle précédente, dont je n’étais pas sorti sur une « note haute », comme disent les Anglais. Cette nouvelle activité m’a permis de me remettre en question en tant que professionnel et de me donner un objectif plus tangible, où finalement je me lève chaque matin en sachant exactement pourquoi.

"Avec le CDI, construire ma vie sociale et familiale comme je l’entends"

Tu envisagerais de t’agrandir ? Smart te le permettrait-il ?

Je ne sais pas. Aujourd’hui il m’arrive de m’associer à d’autres consultants, à Smart ou ailleurs, pour bosser sur des projets plus gros. C’est tout le truc de Smart : « Groupons nos forces pour être plus balaises ensemble ». Mais s’agrandir, je pense que ce n’est possible que jusqu’à un certain point.

 

Tu fais partie des sociétaires de Smart qui ont un contrat à durée indéterminée. Comment y es-tu parvenu?

 

J’ai travaillé pendant un peu plus d’un an sans prendre un sou, j’avais un peu de chômage que j’ai continué à toucher. Je me suis constitué ainsi une trésorerie, et comme la deuxième année, l’activité a décollé vraiment, je suis passé en CDI. Cela me permet de construire ma vie sociale et familiale comme je l’entends.

Si j’avais été autoentrepreneur, je ne sais pas si j’aurais pu mener ma vie de cette façon. Je bénéficie très clairement de la protection du salarié et la liberté de l’entrepreneur. C’est super pratique aussi que je n’aie pas à relancer les mauvais payeurs. Smart le fait à ma place.

En plus, la structure te donne une légitimité que tu n’as pas forcément quand tu es tout seul. Là, tu as une boîte dans laquelle se retrouvent des jardiniers, des graphistes, des communicateurs, un laveur de vitres, une structure juridique… Ce n’est pas n’importe quoi. Tu n’es pas seul, au démarrage, ni au milieu, ni à aucun moment. Tu peux demander et recevoir de l’aide de ton gestionnaire d’activité, des autres entrepreneurs, partout, de façon formelle comme informelle.

 

Smart, en trois mots ?

 

Voisinage : l’aspect humain. Collectif : tu n’es pas seul. Pratique : J’ai suivi une journée et demie de formation, on m’a fait réaliser un « business model canvas », on nous a montré le logiciel de facturation et de devis puis, on a pu se lancer. Comme si on nous avait donné les clés de la voiture, il n’y a plus qu’à se mettre derrière le volant…