Joffrey Zamba
« Pouvoir travailler sur des territoires qui ont des besoins énormes »

Il a, selon ses propres dires, un caractère bien trempé. Et une rencontre avec lui suffit à vous persuader qu’il est aussi doté d’un enthousiasme communicatif. Consultant en financement public, Joffrey Zamba a arrimé son activité professionnelle à de solides convictions sociales. Pour lui, la coopération n’est pas un vain mot : c’est une force.


 

Joffrey Zamba

  • Consultant en financement public
  • Lille
  • 35 ans
  • Inscrit chez Smart depuis 2017



Interview

Smart en 3 mots ?
Collaboratif - Social - Innovant.
En quoi consiste ton métier ?

Le premier volet de mon travail, c’est d’identifier les besoins de mes clients et le second, de monter pour eux les dossiers de financement public. Il faut connaître les méandres et dédales des financements nationaux ou européens. Et ensuite, accompagner les entreprises dans leur recherche de financement. Les dossiers européens demandent une grande maîtrise technique. N’importe quel type de société ne peut pas accéder à ce type de financement. Ils ont créé avec l’Europe une belle usine à gaz, et c’est ce qui justifie notre métier (encore merci à l’Europe !).

Au départ, je montais plutôt des dossiers pour financer des projets d’innovations technologiques dans un milieu particulier qui est celui du transport et de la logistique. Petit à petit, j’ai rencontré des clients dans le secteur social qui avaient exactement les mêmes besoins et des idées tout aussi innovantes que des sociétés à finalité technologique, et je me suis pris au jeu. La technologie pour la technologie, ça ne sert à rien et on a beaucoup plus d’impact, notamment en termes d’emplois, quand on travaille sur le social.

"Je m'investis pour réduire le chômage, mais aussi le racisme et l'extrémisme."

Comment as-tu démarré ?

J’ai une formation en affaires européennes, mais qui n’est pas tournée vers la pratique. J’ai donc appris ce métier sur le terrain. J’ai travaillé pour des organismes qui dépendaient de la région Hauts-de-France, et j’ai commencé à rédiger des dossiers pour eux de demandes de subventions européennes. Comme ces dossiers sont extrêmement complexes, lorsqu’on descend à l’échelon national, tout devient beaucoup plus simple.

Aujourd’hui, je donne des cours à l’université de Lille, et j’essaye de faire en sorte que les étudiants puissent découvrir des dossiers de financement public et s’y frotter, car à l’époque où j’étais moi-même étudiant, on l’a très peu fait, on a abordé cette question de manière très superficielle.

Ma motivation c’est aussi de favoriser le développement de l’emploi et en particulier de pouvoir

travailler sur des territoires qui ont des besoins énormes, comme ici dans la région de Lille. Aujourd’hui, je travaille pour un client qui a une forte implantation sur l’ancien bassin minier, un territoire où il y a énormément de chômage et de votes pour le Rassemblement national. Du coup pour moi, c’est aussi une forme de militantisme. Je m’investis au quotidien pour réduire le chômage, mais aussi le racisme et l’extrémisme dans ces territoires-là. Je m’en sens proche aussi parce que je suis de la Picardie, Amiens, et c’est un territoire cousin de celui des Ch’tis !

Généralement, tu travailles seul ?

Oui et non. Je pratique ce métier dans le réseau GrandsEnsemble, et comme son nom l’indique, on n’y est pas tout seul. Il arrive qu’on me demande de réaliser des prestations qui sont moins dans mes compétences comme le montage de dossiers de financement privé. Pour ce type de mission, je peux m’associer avec d’autres personnes. Dans ce cas, on travaille à la fois sur le mécénat et sur les subventions. Ou bien, quand je suis en vacances et que j’ai un client qui me demande une prestation, je peux me tourner vers un confrère de GrandsEnsemble pour qu’il assume la commande à ma place. De cette manière, nous assurons un suivi toute l’année, comme dans les grandes entreprises.

Quand je travaille avec des collaborateurs, c’est en partenariat. Je n’engage personne, car je n’ai pas les finances nécessaires. Éventuellement, je pourrais engager des stagiaires. Mais la raison première pour laquelle je n’engage personne, c’est qu’en tant que salarié, j’ai toujours eu un fort caractère, et ma plus grande crainte est de tomber sur un salarié comme je l’étais !

Mais il faut dire que même si je travaille seul, j’ai au-dessus de moi mon conseil d’administration, qui est composé de ma famille, ma femme et mes enfants. Je ne fais rien sans lui. C’est lui qui me dit les vacances que je dois prendre, combien de temps, l’heure où je dois rentrer à la maison et m’occuper des enfants…

"Chez Smart, on n’est pas tout seul, il y a une forme d’émulation collective."

Tu as choisi de travailler avec Smart, pourquoi ?

J’ai choisi Smart, car ensemble on est plus fort. Dans des sociétés de portage salarial, il n’y a pas de réseau derrière, pas d’entraide, pas de coworking, de cuisine commune… Je travaille souvent ici dans les locaux de LaGrappe, sauf quand je vais chez mes clients. Mais venir ici me permet de nouer des relations, d’établir des contacts. On n’est pas tout seul, il y a une sorte d’émulation collective. En plus, j’ai accès gratuitement aux locaux en tant que membre, ce qui représente une économie non négligeable.

Les trois mots que j’ai choisis pour qualifier Smart – collaboratif, social, innovant –

résument également mon métier. Ils définissent les caractéristiques de mon activité et les compétences nécessaires pour réussir. On ne fait rien seul : aujourd’hui, beaucoup de subventions sont attribuées à des projets collectifs. Social, c’est devenu pour moi une passion. Et l’innovation, c’est ce qui nous fait avancer, trouver des idées originales, c’est aussi une raison du financement.

Comment ton travail est-il rémunéré ? Au pourcentage ?

Non, je me fais payer mes prestations au forfait. J’ai eu cette chance que mes clients aient toujours accepté ces conditions. C’est vrai que beaucoup de clients payent au succès, en fonction de l’argent qu’on leur ramène, mais je n’ai pas eu affaire à cette clientèle-là. C’est une situation qui doit évoluer avec le temps, car forcément, quand on est payé au succès, on est bien mieux rémunéré qu’au forfait, à cause de la part de risque que l’on prend.

J’ai des confrères hollandais qui prospèrent là-dessus. Je le sais pour avoir étudié leur business model. Ils ne prennent rien à leurs clients ou en tout cas une part forfaitaire très faible, puis encaissent des sommes astronomiques sur des projets européens qui ont réussi. Il faut au départ une solide assise financière.

Ce serait contraire à tes valeurs de procéder de la sorte ?

Pas du tout. Tout travail mérite salaire. Aujourd’hui, on vit dans une économie de marché et c’est lui qui dicte le juste prix. Pour moi, ce n’est pas parce qu’on est dans le social qu’on doit s’interdire de gagner sa vie.

Comment trouves-tu tes clients ?

Il y a toujours de la prospection et de la démarche commerciale. Je n’ai pas de site internet donc je fonctionne également au bouche-à-oreille grâce à mes connections. J’ai dix ans de métier tout de même !